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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 00:38

Je ne vais pas me transformer aujourd’hui en chroniqueur sportif. Je n’ai jamais été un fanatique de football (sauf, comme tous les Marseillais, quand il s’agit de l’OM ; mais, si l’OM jouait aux billes ou au cricket, sur le Vieux-Port, on les soutiendrait pareil ; ce n’est plus une question de sport, mais une thérapie collective pour une ville en crise permanente !) et, l’évolution du foot depuis quelques années vers un sport-business de moins en moins sportif et de plus en plus business, avec des sommes colossales en jeu, des rémunérations indécentes qui transforment certains esprits faibles en enfants gâtés insupportables et des magouilles qui atteignent au niveau de la FIFA plus que de l’indécence, en fait une véritable provocation envers ceux qui s’accrochent encore à quelques valeurs humaines, tout cela ne peut que m’éloigner des terrains.

La performance, ce soir, de l’équipe d’Islande, me réconcilie un peu avec ce sport.

L’Islande mise à part, si je suis, plus ou moins, cet « euro », c’est seulement parce que je suis un observateur de la vie sociale et donc politique de notre pays, de notre continent et, plus généralement, du monde. Le foot est encore le sport le plus populaire, celui qui draine le plus de monde dans les stades et devant les petits écrans. Le plus souvent associé, lorsqu’il s’agit de compétitions internationales, au chauvinisme le plus étroit et le plus stupide, il prend souvent une tournure politique, et même politicarde, qui me fait fuir à toute allure. Quand l’équipe nationale gagne, nous sommes soit disant tous, collectivement, des héros et, quand elle perd, soudain, c’est le drame national. Gagner, gagner, il n’y a que cela qui les intéresse. Même en jouant mal, même en trichant (vous vous souvenez de la main de Thierry Henri contre l’Irlande et vous n’avez pas vu ce pénalty non sifflé au profit de la Suisse la semaine dernière ?).

Mais un tel phénomène de masse, il faut le suivre, même si on n’y prend aucun plaisir. Ne serait-ce que pour pouvoir placer son grain de sel dans les conversations qui, immanquablement, surgissent dans tous les milieux pendant cet « euro » qui, de plus, se passe en France.

Je me suis donc forcé à, au moins, regarder les matches dans lesquels évoluent les « Bleus », plus quelques autres. Par exemple aujourd’hui Italie-Espagne, parce que je suis très proche de ces deux pays et suis entouré de personnes qui soutiennent l’une ou l’autre équipe. J’étais sans à priori au début du match, avec une petite préférence pour la « Squadra » parce que ses adversaires ont remporté les deux derniers tournois : chacun son tour ! Et, au fil, du match j’ai pris de plus en plus le parti des italiens, tout simplement parce qu’ils ont mieux joué. Ce soir, j’ai également regardé Angleterre-Islande (je vais y revenir infra). J’ai eu ma dose !

Et puis je vais vous faire un aveu qui ne va pas me faire que des amis. Les lecteurs de ce blog savent que je suis un patriote français (c’est pourquoi, je me bats, avec d’autres, pour que notre pays recouvre sa souveraineté et qu’il se libère du « joug » de l’Union européenne et de l’arrogance de Madame Merkel ; je ne suis donc pas de ces « bobos » cosmopolites qui considèrent que la nation c’est fini : au contraire !).

Mais être patriote, être attaché à son pays, ce n’est pas être chauvin. Le patriotisme est le contraire du nationalisme prétentieux et agressif. Aimer sa Nation, c’est aussi aimer et respecter les autres. J’aime la France, mais j’ai vécu dans quinze autres pays et j’ai des amis partout. Donc, vive la France, mais aussi vive les autres.

Les manifestations de chauvinisme primitif et stupide de supporters braillards et, plus encore, des commentateurs de nos télévisions, mauvais perdants autant que gagnants prétentieux, m’insupportent. Je souhaite donc que l’aventure de nos « Bleus » s’arrête le plus tôt possible. Ensuite, on aura la paix. Je reconnais tout de même que, cette année, la composition de l’équipe de France est meilleure qu’autrefois. La racaille type Benzema ou Ribéry n’est plus là. Tant mieux. Griezmann et Paillet me semblent en revanche plus sympathiques. S’ils gagnent, je serai moins mécontent que si les voyous avaient joué.

Lorsque je regarde un match, en général, je suis pour le petit pays contre le grand (mais je peux changer en cours de partie si les « petits » s’avèrent brutes ou tricheurs).

Et j’en viens à l’Islande.

Depuis le début, je rêve qu’elle gagne l’ « euro ». Jusqu’à aujourd’hui, ce n’était qu’un rêve. Certes, la probabilité que cela devienne réalité est très faible. Mais aujourd’hui, on peut dire qu’elle n’est pas nulle.

Le match que je viens de voir contre l’Angleterre a été du pur bonheur. Certes, je suis un peu peiné pour les Anglais. Après leur sortie de l’UE et toute la campagne médiatique contre eux, j’applaudis leur courage et leur patriotisme et ils ont ma sympathie.

Mais pas contre l’Islande. Cette île éloignée de tout, sans ressource du sous-sol (si ce n’est l’énergie des volcans), où il fait nuit noire six mois par an, et qui n’a même pas 300 000 habitants (le tiers de la seule ville de Marseille) a réussi à se qualifier pour cet euro.

Son équipe a fait montre d’un courage, d’une générosité, d’un enthousiasme, d’une abnégation, mais aussi d’un « fair-play » exceptionnels. Ses supporters (vrais supporters, c’est-à-dire partisans sans agressivité et sympathiques) sont aussi formidables que les joueurs. Ils étaient 20 000 aujourd’hui à Nice. C’est donc pas loin de 10% de la totalité des islandais qui avaient fait le déplacement. A l’échelle de la France, ce serait 5 millions de personnes qui seraient allés de l’autre côté de l’Europe. Extraordinaire !

Qu’un si petit pays puisse rassembler autant de joueurs de qualité et de supporters enthousiastes tout en étant civilisés, cela, je dois dire, me réconcilie avec le foot.

L’exploit des Islandais doit nous rappeler qu’il y a, en France même, des clubs amateurs sans moyens, sans argent, sans salaire évidemment, qui évoluent au fin fond des divisions dites d’honneur et qui, parfois, arrivent à se transcender, battent des clubs pro et arrivent parfois en finale de la coupe.

Cela est le signe que le mental est aussi important pour un sportif que le physique et la technique. Les islandais aujourd’hui en ont apporté une démonstration éclatante.

Cette équipe d’Islande mérite d’aller très loin et, même, pourquoi pas, jusqu’au bout. Tant pis pour la France dimanche prochain, mais je souhaite la victoire de l’Islande.

Ce pays, je l’aimais bien avant ce match et mon sentiment n’en est que décuplé. J’ai eu l’occasion de faire le tour de l’île en voiture (2000 km quand même : petit peuple, mais vaste terre, il est vrai occupé en grande partie par des glaciers et des volcans). J’ai apprécié la gentillesse et l’honnêteté de ce peuple. Dans ce pays, il n’y a quasiment pas de délinquance, pas d’immigration de masse et pas d’assistanat parce que tout le monde y travaille. Au mois de juin, les lycéens qui viennent de passer le bac, se déploient dans toute l’île et la nettoient. Sans aucun salaire. Ils reçoivent simplement une petite rémunération collective qui sert à organiser une fête. Dans ce pays égalitaire et tolérant, il n’y a ni riches ostentatoires, ni pauvres. Les islandais ne demandent rien à personne et ils sont attachés à leur souveraineté. Quand j’y suis passé, sur un grand panneau près de l’aéroport, était écrit : « Union européenne, non, merci ! ». L’Angleterre sort de l’Europe, l’Islande, comme la Norvège et la Suisse n’y sont jamais entrés et n’ont pas l’intention de le faire. Ce sont eux qui ont raison.

Pour toutes ces raisons, vive l’Islande. Qu’elle aille loin dans l’euro. Mais comme les islandais sont sages, s’ils perdent, ils n’en feront pas une maladie. Mais ils mettront tout leur courage et celui de leurs 300 000 (plus un, moi !) supporters pour gagner.

Une dernière remarque, plus générale. Parmi toutes les décisions stupides, dogmatiques et négatives de l’Union européenne, il y a cette décision prise il y a quelques années de permettre aux clubs de jouer avec autant d’étrangers qu’ils le veulent. C’est dans la logique de Bruxelles : libre-échange, ouverture des frontières, déni des nations.

Le résultat est que les grands clubs, ceux qui ont le fric pour « acheter » les joueurs (véritables marchandises), ont souvent plus d’étrangers que de nationaux et, souvent, ils continuent à porter les couleurs d’une ville mais sans aucun de ses citoyens dans ses rangs. C’est le cas de clubs comme le Real ou le PSG. Que reste-t-il de Paris dans ce club ? A peu près rien. Les capitaux sont qataris et les joueurs de partout. Certains, comme l’insupportable Ibrahimovic, ne parlent même pas français. Les exceptions à cette « règle » sont rarissimes. Le Barça est la plus connue.

Ces joueurs qui privilégient les clubs où ils sont grassement payés et où on les fait jouer jusqu’à l’épuisement, n’ont plus beaucoup de temps, et, souvent, aucune motivation à consacrer à l’équipe nationale. Les Anglais viennent d ‘en apporter la preuve. Ils sont bons individuellement, mais mauvais collectivement parce qu’ils n’ont pas beaucoup de temps pour jouer ensemble. Mercenaires du ballon rond, en ont-ils seulement l’envie ? On peut se poser la question. Ce n’est pas là qu’ils gagnent les fortunes que leur offrent les clubs.

Les islandais, eux, ont envie de servir leur pays. Ça se voit.

Yves Barelli, 27 juin 2016

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Published by Yves Barelli - dans sport
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