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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 23:22

Depuis ce matin, France-Info revient en boucle sur les « révélations » de deux élues d’Europe-Ecologie qui se disent victimes d’attouchements ou harcèlements sexuels intervenus il y a plusieurs années de la part du député Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée nationale et l’un des dirigeants de ce parti. Tous les médias français, radios et télévisions, ont immédiatement repris ce « scoop », sans aucune précaution quant à la réalité des faits, dont la justice n’est pas saisie.

1/ Je ne connais pas personnellement Denis Baupin, personnalité politique de deuxième zone, et n’ai aucune sympathie pour lui, pas davantage d’ailleurs d’acrimonie. Je ne suis pas d’accord avec le programme du parti auquel il appartient et estime son action nuisible pour les intérêts de la nation.

2/ Mais là n’est pas la question. Je veux m’en tenir à l’ « affaire », si affaire il y a, et à elle seule.

Selon deux élues parfaitement inconnues du parti écologiste, elles auraient été victimes d’attouchements, semble-t-il plutôt légers (si on peut juger d’après les « faits » présentés dont ces élues ne nous ont passé presque aucun détail, sais aller toutefois jusqu’à nous dire quelle était la qualité de l’érection de l’ « agresseur »), de la part de Baupin et de harcèlements par sms.

Elles n’ont jamais déposé plainte et, plusieurs années après les faits supposés, elles trouvent soudain nécessaire de s’épancher dans la presse, Médiapart, un site d’information sur internet, qui s’est fait une spécialité dans le déballage de faits sensationnels concernant des personnalités, et France-Info, une radio du service public dont on attendrait mieux que de faire du journalisme de caniveau.

3/ Ce qui me parait grave est que ces médias reprennent sans précaution aucune les « faits », en parlant à l’imparfait ou au présent de l’indicatif et non au conditionnel.

Cela justifie-t-il un tel déballage ? Je ne crois pas.

4/ Ces faits, s’ils sont avérés, sont-ils graves ? Oui et non. Pour un citoyen lambda, une tentative d’attouchement sans aucune relation sexuelle ou des grivoiseries lancées par sms, sont de mauvais goût et peuvent, le cas échéant, donner lieu à un dépôt de plainte devant la justice. A elle de voir quelle suite lui donner. Si l’individu n’est pas récidiviste, sans doute un simple « rappel à la loi ».

En revanche, pour un détenteur d’autorité, fonctionnaire, supérieur hiérarchique, patron, chef de service ou, sans doute, politicien ayant des responsabilités dans l’appareil d’Etat (c’est le cas pour Denis Baupin, vice-président de l’AN), ce type de comportement peut être considéré comme suffisamment grave, même en l’absence de tout rapport sexuel. Surtout s’il était avéré, comme le prétend l’une des « victimes », que cet homme politique a tenté d’intimider sa « victime » en la menaçant, après son refus de céder à ses avances, de mesures de rétorsion. On a vu des responsables d’administrations « débarqués » pour ce type de comportement.

5/ Mais ce qui interpelle ici est que les faits ne sont pas, pour le moment, prouvés et que, surtout, aucune plainte n’a été déposée devant la justice, que ce soit de la part des « victimes » ou d’un procureur représentant la société.

Les médias ont donc sciemment décidé de trainer dans la boue un homme sur la simple foi de deux femmes qui ont choisi de s’épancher de manière concertée dans les médias et non devant la justice.

Cela me parait scandaleux, tant sur le principe que compte tenu des actes tout de même limités reprochés à Baupin.

6/ On avait déjà une dérive consistant à jeter sur la place publique des affaires de justice en déclarant coupables des individus avant toute condamnation et en faisant fi de la présomption d’innocence selon laquelle on ne peut considérer comme coupable une personne non condamnée.

Les médias devraient pourtant être prudents après quelques affaires retentissantes dans lesquelles on a trainé dans la boue des personnalités, politiques ou autres, alors que ces personnes ont finalement été innocentées au cours de l’instruction judiciaire. Qu’on se souvienne par exemple de l’affaire Outreau où les noms d’une dizaine de personnes ont été abondamment cités avec des accusations graves de pédophilie, personnes qui se sont révélées ensuite innocentes. Qu’on se souvienne aussi de Dominique Baudis, ancien maire de Toulouse et médiateur de la république, lui aussi trainé dans la boue pendant des semaines et finalement innocenté.

Ce comportement médiatique est scandaleux. La recherche du sensationnel et du « scoop » à tout prix est une grave dérive qui n’honore pas ceux qui s’y livrent et qui me parait être une grave atteinte à la démocratie et à l’état de droit.

Cette dérive qui consiste pour la presse à se substituer à la justice est très inquiétante.

7/ Mais il s’y ajoute une autre dérive, à l’américaine. Cette obsession du sexe qu’on observe outre-Atlantique. On laisse passer là-bas des films tous publics où les meurtres, parfois horribles, se suivent à forte cadence, mais dès qu’on y montre une femme nue, c’est la censure. Essayez de publier une photo de femme nue sur Facebook, la vôtre si vous êtes une femme, ou celle de votre petite amie si vous êtes un homme. Elle est aussitôt bloquée. Avant même que nous tombions dans le travers américain, les sociétés américaines, telle Facebook, nous imposent déjà leurs pratiques paranoïaques.

Aux Etats-Unis, le « harcèlement sexuel » est devenu une affaire juteuse pour les avocats. Vous êtes une femme et vous pouvez établir que votre collègue de bureau vous a regardé de manière un peu appuyée. Il suffit qu’une collègue témoigne en votre faveur et l’affaire est dans le sac. Vous gagnez le procès et quelques dommages-intérêts. Quelques femmes un peu « aguicheuses » et bien conseillées par leur avocat se sont spécialisées dans ce genre d’affaire. Le résultat est que de nombreux hommes sont devenus totalement complexés vis-à-vis des femmes. Ils n’osent même plus les regarder.

Au pays des « cow-boys », désormais, on trouve normal de porter des armes à feu et une attaque à mains armées est moins réprimée que le supposé harcèlement sexuel.

J’aime bien les Américains. J’ai vécu trois ans à New York mais lorsqu’on me demande mon avis sur une possibilité d’emploi aux Etats-Unis, je dis : « si tu y vas en célibataire et que tu n’as pas de passeport diplomatique pour assurer ton immunité, tu prends de sérieux risques, et, surtout, quand tu croises une belle femme, baisse le regard, ça vaut mieux ».

Dominique Strauss-Kahn avait décliné la proposition du Quai d’Orsay de lui donner un passeport diplomatique. Il pensait que rien ne pourrait lui arriver. Voyez ce qu’il est advenu. Sur le simple témoignage d’une femme de chambre, sans même un témoin, il a été arrêté et exhibé menotté avec un traitement qu’on n’inflige pas aux voleurs. Mais, pour lui, c’était une « sex affair ». La pire pour les Américains.

Va-t-on vers cette dérive chez nous aussi ? On peut le craindre. Cela fait partie de l’américanisation du mode de vie. On copie les Américains, surtout pour leurs pratiques les plus saugrenues et les plus scandaleuses. On n’en est pas encore à reprocher à un président de la république une fellation avec une stagiaire consentante. Mais on en prend le chemin.

Chez nous, la délinquance augmente à vue d’œil. Les incivilités sont ignorées et la « petite » délinquance n’est même plus réprimée. Va-ton réserver nos prisons pour les politiciens qui font des avances à leurs collègues ou pour les prêtres qui se montrent trop proches des jeunes garçons dont ils ont la charge ?

Cette dérive « américaine » n’est pas saine.

Yves Barelli, 9 mai 2016

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Published by Yves Barelli - dans Société
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commentaires

ratuma 29/05/2016 21:49

et la femme de chambre a fait fortune !!! quant à DSK, c'était bien un coup monté, mais quand même, il avait une bonne adresse dans le 7e je crois, un club échangiste pour la haute pétée , franchement c'est pas sérieux - ils feraient tous mieux d'aller faire de la marche afghane dans les bois alentours - surtout l'écolo

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