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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 23:51

« La commission d’éthique » de la « Fédération Internationale de Football Association » (FIFA) vient de suspendre pour trois mois le mandat de son président, le suisse Sepp Blatter, ainsi que ceux de plusieurs autres dirigeants de l’institution, dont Jérome Valcke, Secrétaire Général, et Michel Platini, président de l’UEFA (football européen).

1/ Cette décision fait suite aux scandales à répétition qui frappent la FIFA depuis plusieurs années et aux procédures judiciaires enclenchées l’été dernier aux Etats-Unis et en Suisse.

Blatter avait réussi jusqu’à présent à passer au travers des mises en cause. Il est donc désormais rattrapé par les « affaires ». Gageons que, pour celui qui dirige depuis dix-sept ans la FIFA, ce n’est qu’in début. Quant aux autres dirigeants du foot international, il est prévisible que peu en sortiront indemnes.

Pour le moment, ce qui apparait au grand jour semble n’être que le petit sommet de la partie émergée de l’iceberg. A Valcke, il est reproché une vente frauduleuse de billets lors du dernier mondial du Brésil. S’agissant de Platini, il lui est reproché d’avoir touché près de 2 millions d’euros, payés plus de dix ans après un « travail » de consultant pour l’association, dit-il.

Mais ce ne sont probablement que broutilles par rapport à la corruption à grande échelle qui caractériserait la FIFA.

Cette décision vient bien tard. Elle est presque cocasse tant ce monde parait totalement pourri. Le plus cocasse est en effet que cette « commission d’éthique » semble se réveiller tout à coup. Cet organe auto-désigné de la FIFA qui se penche sur l’éthique d’un sport qui semble l’avoir totalement perdue ajoute évidemment au caractère surréaliste du fonctionnement d’un football international en pleine dérive. Autant demander à des loubards de réfléchir sur l’honnêteté !

2/ Qu’est-ce que la FIFA ?

Cette institution internationale non gouvernementale a été fondée en 1904 pour coordonner la coopération entre les organisations nationales de foot, qui venaient d’être créées, des grands pays européens, ultérieurement rejoints par le monde entier.

Son siège est à Zurich et elle regroupe aujourd’hui 209 associations nationales (y compris des minuscules dans des territoires non souverains). La FIFA fédère elle-même des associations continentales, dont l’UEFA pour l’Europe.

La FIFA organise les grands évènements footballistiques internationaux, notamment la coupe du monde qui se tient tous les quatre ans.

Compte tenu de la popularité du foot, et de son fonctionnement de plus en plus par et pour l’argent, ainsi que de la course aux sponsorings, la coupe du monde, en particulier, est devenue une gigantesque pompe à fric. Les droits télé se sont envolés et le « mondial » est devenu un outil de promotion politique. Les retombées commerciales et en termes d’image sont telles que nombre de pays sont prêts à payer cher pour abriter de telles manifestations (même s’il le regrette après, comme cela est le cas du Brésil où la manifestation s’est transformée en immense scandale). Ainsi, le petit Qatar, bien qu’il n’est aucune tradition et activité de football et bien que son climat désertique ne soit pas propice à de telles activités, a réussi à obtenir de la FIFA que le mondial de 2022 y soit organisé. Cela a été la goutte qui a fait déborder le vase. La corruption est maintenant à peu près avérée. Notre Platini « national », atteint aujourd’hui par les retombées de l’effondrement de la planète Blatter, a voté pour le Qatar. Il n’a jamais été en mesure de dire pourquoi. L’autre « idole » du foot français, Zinedine Zidane, lui, a touché plusieurs millions d’euros de la part de l’émirat pour en faire la promotion.

Outre les sommes occultes brasées par les membres de la FIFA, le budget officiel de l’organisation en fait une grosse machine à « business ». Ses revenus officiels ont atteint 1,3 milliard de dollars en 2013 pour un profit net de 72 millions. Ses réserves en « cash » s’élèvent à 1,4 milliard de dollars.

La FIFA est un organisme « indépendant » qui est l’émanation des associations nationales. Celles-ci sont très diverses. Certaines sont contrôlées par les gouvernements, d’autres par quelques gros intérêts financiers, eux-mêmes émanations des propriétaires des grands clubs. Les joueurs sont rarement associés aux décisions. Quand on sait que les joueurs professionnels s’achètent et se vendent comme des marchandises, on comprend que ce sont les intérêts financiers, et eux seuls, qui décident. Les joueurs eux-mêmes sont grassement payés, ce qui suffit à acheter, aussi, leur silence.

La dernière élection à la tête de la FIFA, qui a vu la reconduction de Blatter, a mis à jour les pratiques. Comme chaque fédération nationale a une voix, les petites comme les grandes, on comprend que les minuscules fédérations des petites îles des Caraïbes ou d’Océanie, qui ne comptent que quelques centaines de licenciés, soient particulièrement bien « choyées » (entendez « achetées »). On « soigne » donc les dirigeants par quelques subventions pour construire des stades et, aussi et surtout, par des moyens moins licites.

3/ Le monde du football est en grande partie gangréné par l’argent et la corruption qui va avec. Les clubs, les joueurs, l’organisation des mondiaux, le droit de retransmettre les matches à la télé, tout s’achète. L’argent à y gagner est en proportion des sommes investies. Colossales.

Cela n’est pas propre au foot. L’ensemble du sport professionnel est dans le même état d’esprit et dans la même dérive. Mais, dans le foot, on atteint un niveau de sport-business et de sport-mafia à la hauteur des foules qu’il draine dans les stades et devant le petit écran.

La dérive est telle qu’elle paraissait sans limite.

Les « affaires » en cours permettront-elles de renverser la tendance ?

On peut en douter si l’ « indépendance » des instituions soit disant représentatives de ce sport n’est pas remise en cause.

On peut même en tirer une conclusion plus générale, valable non seulement pour le sport, mais pour bien d’autres activités humaines dans les domaines les plus variés : culture, tourisme, organisations caritatives, etc.

Le phénomène associatif est en effet la meilleure et la pire des choses.

Au départ, on a des « bénévoles, c’est-à-dire des gens qui donnent de leur temps pour une cause ou une passion. C’est le cas, par exemple, des entraineurs de petits clubs de foot qui se « défoncent » tous les dimanches matins, qui ne gagnent rien et, même, parfois, payent pour exercer leur bénévolat. Certains y soignent leur ego, acquièrent une notoriété éventuellement utilisable ailleurs (professionnel ou politique), d’autres, simplement, assouvissent une passion. J’en connais. Ils sont remarquables et méritent considération et respect. Ceci, pour le foot, mais aussi pour de multiples autres activités.

Mais lorsque l’activité est « rentable », c’est dire qu’elle génère des revenus, le bénévole se transforme souvent en permanent. Il ne s’enrichit pas nécessairement, mais il vit de son activité.

A un niveau au-dessus, on entre dans le domaine du sport-business. Les grands clubs professionnels sont de véritables entreprises qui brassent beaucoup d’argent.

Lorsqu’on atteint des organisations comme l’UEFA ou la FIFA, on entre dans une autre échelle. Celle de l’entreprise multinationale plus puissante que bien des Etats.

Et quand personne ne contrôle ces « multinationales », c’est la porte ouverte à toutes les dérives et à la corruption.

On peut mettre toutes les commissions internes d’ « éthique » que l’on veut, le système reste le système. Pour une raison fondamentale : il est juge et partie. La commission d’ « éthique » de la FIFA est un organe de la FIFA. On ne peut pas attendre d’elle qu’elle fasse un « ménage » complet, car celui-ci atteindrait ses propres membres. Autant leur demander de se suicider. Tout juste peut-on en attendre qu’elle fasse sauter quelques « fusibles ». A moins que les clans qu’elle renferme nécessairement profitent de quelque scandale pour régler des comptes. Blatter était dans le collimateur de ses rivaux et Platini, qui a voulu détrôner Blatter de son siège, a reçu en retour le missile qui vient de le toucher.

Tout cela ne fait pas une réforme. Les éjectés laisseront la place à de nouveaux ambitieux dont il serait miraculeux qu’ils deviennent soudain des enfants de cœur. Peut-être seront-ils, pour un temps, un peu plus prudents. On évitera des scandales du type mondial au Qatar. Mais pour le reste, ce sera « business as usual », le fric comme d’habitude.

4/ Alors, aucun espoir ?

Aucun, sauf si on imagine une organisation différente.

L’existence d’organismes indépendants des Etats est souvent présentée comme une garantie d’impartialité.

C’est, en tout cas, ce que certains intérêts cherchent à nous faire croire.

Pourtant, lorsqu’il n’y a pas de contrôle public, la dérive est souvent au rendez-vous. Pensez-vous que la « police » des garagistes doive être garantie par une organisation professionnelle qui les regroupe ? Que penser d’un contrôle anti-pollution des voitures laissé à Volkswagen et à quelques autres ? Et celui du pétrole par les pétroliers ? Ou encore de la mise sur le marché de médicaments laissé à l’appréciation des seuls laboratoires ?

Pour le foot, c’est pareil. On ne peut avoir aucune confiance en une FIFA, émanation de toute la chaîne des intérêts soit disant sportifs, en fait financiers.

En sens inverse, c’est vrai, les Etats ne sont pas souvent neutres. On le voit bien aujourd’hui par exemple avec le Premier Ministre français qui continue de soutenir honteusement Platini.

Mais, au moins, les Etats ont une légitimité reconnue. Ils sont l’émanation des citoyens, c’est-à-dire du peuple. C’est pourquoi, je fais davantage confiance à un préfet, parce qu’il représente l’Etat, donc vous et moi, qu’au président d’un organisme professionnel soit disant indépendant.

Les Etats sont loin d’être parfaits, même en pays démocratique, mais je crois que lorsque ce sont eux qui organisent et qui contrôlent, cela me parait un moindre mal. D’autant que, au moins en pays démocratique, il y a un contrôle juridictionnel tel que le Conseil Constitutionnel ou le Conseil d’Etat changé de veiller au grain.

Il me semble en conséquence qu’une organisation internationale de la famille des Nations-Unies, une Organisation Internationale du Sport (OIS), si vous voulez, devrait être chargée d’organiser et de contrôler le sport mondial, y compris le football et les Jeux Olympiques (le CIO connait la même dérive que la FIFA). Chaque Etat en serait membre. Un peu comme l’OMS supervise tout ce qui a trait à la santé, le BIT, ce qui relève du travail, la FAO l’alimentation ou l’UNESCO la culture.

La FIFA, l’un des organes de cette OIS, serait chargée notamment des coupes du monde de foot. Pour éviter toute dérive, toute télévision pourrait diffuser les matches sans payer de droit. Chaque club professionnel devrait acquitter un impôt qui permettrait à la fois de faire fonctionner la FIFA nouvelle manière et de subventionner les pays à faibles moyens.

Cette idée n’est pas révolutionnaire, à moins qu’on considère comme révolutionnaire le fait de rendre au public ce qui a été accaparé par le privé.

Chassons de notre esprit cette idée réactionnaire que l’indépendance par rapport aux Etats est une garantie d’impartialité. Quand un organisme dépend de l’argent privé, c’est une escroquerie morale de parler d’ « indépendance ».

Et si, dans chaque pays, notamment en France, on essayait de moraliser un peu plus (ce qui ne serait pas difficile vu le degré d’immoralité atteint) le fonctionnement du sport, ce serait un bon complément à la réorganisation du sport mondial. Pour cela, sans doute conviendrait-il de « travailler » les mentalités en essayant de revenir à ce qui devraient être les fondamentaux du sport : participer plutôt que gagner à tout prix, joie saine d’un corps sain dans un esprit sain, fairplay, respect de l’adversaire et de l’équipier.

Allons plus loin. Et si on moralisait le capitalisme ?

On peut rêver, non, de temps en temps ?

Le rêve, c’est la vie, l’utopie c’est rêver à ce qui pourrait être et c’est essayer que le rêve devienne réalité. On n’y arrive pas toujours, mais il faut essayer. Il en reste toujours quelque chose : un début de mieux et la satisfaction morale. C’est déjà pas mal.

Yves Barelli, 8 octobre 2015.

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